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Jardin virtuel de patricecantal
Nom : patricecantal
Lieu : 15 - Cantal
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Le pays des sorcières
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Le pays des sorcières :


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le pays des sorcières 14
le repos des Justes

La commémoration des Armistices est quelque chose de poignant pour moi. Ce matin du 8 mai je le le ressentais encore plus que les autres fois.
Debout devant le monument de la commune, à la lecture des noms répondait la voix du Maire : « Mort pour la France ».
Ces noms, je ne les connaissais pas tous, mais certains évoquaient des familles encore présentes dans le village.
Depuis que nous nous étions installés ici avec ma Douce nous en côtoyions certaines.
Bientôt 10 ans que nous avions construit notre maison, et déjà 2 ans de retraite ce qui me permettais maintenant de participer plus facilement aux manifestations du souvenir. L’organisation du temps libre prend une autre dimension quand on n’a plus d’activité professionnelle et répondre à l’invitation de la Municipalité ne me déplaisait pas. Une des missions du Maire dans sa commune était de rassembler jeunes et anciens pour que demeurent dans les mémoires, le sacrifice de tant d’hommes et de femmes, la souffrance des peuples pendant les conflits, la barbarie, la terreur, et aussi l’héroïsme de personnes dont certaines restées anonymes se fondent dans la mémoire collective.
Or, ce matin là je me sentais particulièrement sensible. La commémoration du centenaire de la première guerre dans tous les médias y était sans doute pour quelque chose. Toutes ces misères, toute cette tristesse, rappelées presque tous les jours à la télévision. J’avais la gorge serrée.
Après une timide Marseillaise, reprise par quelques participants, le Maire nous invita au traditionnel vin d’honneur offert par la municipalité.
C’était pour chacun d’entre nous l’occasion d’échanger les dernières nouvelles. Les convives venus des antipodes du territoire communal, nourrissaient la chronique qui de bouches à oreilles allait se répandre partout. Potins, rumeurs, commérages, qu’en dira-t-on, alimentaient les discussions.
Nous, qui n’étions pas tout à fait du pays, écoutions d’une oreille distraite en ponctuant, d’un : « ah bon ; bin ça alors ; vous croyez ; je ne savais pas ». Pas de prise de position ferme nous évitait de froisser Pierre, Paul ou Jacques…. En l’absence de connaissance des vielles histoires locales, mieux valait s’abstenir.
A cette occasion j’avais pris plaisir à entendre parler Marie Lacombe, cette brave petite vielle, une petite bonne femme de 94 ans, encore bon pied bon œil et qui disait : « si vous ne me voyez pas au monument le 11 novembre ou le 8 mai c’est que je serai morte !! ». Ce qui ne manquait pas de déclencher les rires de son auditoire.
Elle n’était pas avare d’histoires et d’anecdotes, de souvenirs qu’elle classait dans sa mémoire avec un ordre chronologique impressionnant.
Cela révélait une personne intelligente, cultivée et parfaitement habituée à faire travailler son intellect et sa réflexion.
Elle disait qu’il lui fallait au moins trois livres par semaine pour calmer son besoin de lecture, plus des magasines pour se tenir au courant de l’actualité.
Ah bien sur il lui fallait maintenant mettre ses lunettes et pousser un peu le son de la télé qu’elle regardait jusqu’à point d’heure. Le sommeil ne lui accordait ses faveurs que quelques courtes heures par nuit.
Son âge inspirait le respect, mais au-delà de ça, rayonnaient de l’humanité, de la tendresse et de l’attention pour tous les gens qu’elle connaissait ou qu’elle avait connus par le passé.
Je passais un vrai bon moment à l’entendre raconter. Elle était une de ces dernières mémoires vivantes, témoin de ce temps que nous n’avons pas connu.
Née en 1920 juste après la grande guerre, elle avait vécu la seconde dans toute sa longueur. La honte de la défaite, l’occupation avec ses humiliations, ses privations, ses peurs, craintes, mensonges, suspicions, délations…. Tout un cortège de situations qui empêchait l’épanouissement humain.
Elle avait traversé ces années péniblement, disait-elle.
Tout ce qu’elle contait me passionnait. Et au moment de se quitter, son fils qui avait dû le remarquer et qui l’accompagnait me dit : « venez la voir à la Bourgue, cela lui fera plaisir, elle aime recevoir des visites et elle est infatigable.
Je promis d’honorer cette invitation prochainement, d’autant qu’elle me parla d’une flognarde qu’elle préparerait elle-même pour accompagner le café que nous prendrions ensemble.
En rentrant avec ma Douce, j’évoquais cette rencontre à laquelle elle n’avait pas assistée, très occupée à parler avec ses copines !
Je lui fis part de mon intention d’aller au plus tôt à ce rendez vous informel. Elle parut étonnée et me demanda ce qui pouvait bien motiver un tel empressement. Pour toute réponse je ne pus invoquer que ma curiosité et aussi l’envie d’entendre ses récits. Je ne lui parlai pas du petit quelque chose d’indéfinissable qui bousculait mon intuition… Bien sur elle acquiesça, me connaissant bien avec mes déviances irrationnelles aux quelles elle était habituée : rêves prédicateurs, siestes révélatrices, délires nocturnes, et j’en passe. Elle en vint même à susurrer mes rapports avec le monde d’à coté ce qui pour elle suffisait comme explication. Ensemble nous partîmes dans un fou rire qui ne prit fin qu’en descendant de voiture.
Le lendemain du 8 mai, un mercredi je crois, je reçu un appel téléphonique de Georges le fils de Marie Lacombe. Il me demandait si je pouvais me rendre disponible, car sa mère aimerait bien me voir et qu’elle m’accueillerait avec sa promise pâtisserie. En rigolant je lui répondis que pour rien au monde je ne voulais manquer la flognarde .
Nous convînmes de nous rencontrer le lendemain après midi vers 16 heures.
Bien que conviée elle aussi, ma Douce ne m’accompagna pas, le club d’animation communal dont elle était la secrétaire préparait la traditionnelle brocante annuelle pour ce weekend.
C’est donc seul que je me rendais à la Bourgue ce jeudi après midi.
Il y avait un je ne sais quoi d’insolite dans cette démarche. Tout s’était enchainé si vite que même le temps semblait se presser. De gros nuages noirs avaient succédé au soleil de la matinée et l’orage qui menaçait ne tarda pas à éclater, je n’eus que le temps de descendre de voiture avant la lourde pluie.
Arrivé sur le perron, je frappai. Immédiatement c’est Marie qui m’ouvrit la porte comme si elle m’attendait derrière. Voyant ma surprise, elle me dit on ne fait pas attendre le « servant », et aussitôt elle m’invitât à entrer. Je ne compris pas ce qu’elle voulait dire mais je n’en dis mot, espérant que la suite de notre entretien me révèlerait la signification de ce mot « le servant ». Savait-elle des choses sur moi que j’ignorais ?
Elle me fît asseoir dans un grand salon, m’indiquant que nous étions seuls, son fils et sa belle fille étaient eux aussi à la réunion de préparation de la brocante.
Cette grande demeure austère était une maison de maître du 18 ème. Bâtie entièrement en pierre, couverte de lauzes elle était du pur style Cantalien. Le nombre important de ses cheminées sur le toit indiquait l’aisance des propriétaires tout comme la hauteur du chapeau traditionnel porté pour chaque occasion, des signes symboliques qui n’ont plus cours. Aujourd’hui, on regarde ta voiture, (je dois passer pour un pauvre !!) Cette maison impressionnait, inquiétait même, mais la présence de Marie suffisait à gommer ce sentiment. Elle la rendait accueillante et chaleureuse.
Sur la table, attendait un plat avec cette magnifique flognarde dorée. Ce gâteau aux pommes me rappelait mon vécu de vacances chez mon arrière grand-mère sur le plateau des Mille Sources en Corrèze.
Ca sentait bon le café mais là aussi, pas n’importe lequel, celui dont je vous parle allait de pair avec mes souvenirs d’enfance, grains de chicorée obligent !!
Un feu crépitait dans la cheminée, c’était contre l’humidité du temps et le froid qui persistait jusqu’au début de l’été dans ces vielles bâtisses et puis aussi par habitude, m’avait-elle dit.
Les ingrédients d’une rencontre agréable étaient réunis.
Elle était intarissable, elle me racontait les grandes périodes de sa vie, son enfance, sa jeunesse, la guerre, son mariage arrangement de famille, ses enfants et ses petits enfants dont elle était très fière…. Mais surtout la guerre et pour me parler de cette période troublée, son ton changea. Il devint grave et angoissé chargé d’émotion et de regret.
La construction du barrage de Saint Etienne Cantalès avait commencé en 1939, en 42 / 43 plus de 650 ouvriers travaillaient sur cet ouvrage, une majorité d’Espagnols, des républicains.
Une annexe de la mairie de Saint Gérons y avait été installée de même qu’un détachement spécial de la gendarmerie de Laroquebrou. L’annexe de mairie était vite devenue une fabrique de vrais faux papiers. L’ingénieur et le chef de chantier, tous deux fortement impliqués dans le réseau F3 de l’armée secrète du Cantal, œuvraient pour planquer des réfractaires au STO et pour donner une identité de couverture à ces travailleurs qui avaient fuit l’Espagne.
Des groupes de résistants, prêts à faire le coup de force étaient constitués sur le chantier du barrage. L’ingénieur René Tricot, était d’ailleurs le chef de la résistance de tout le Cantal.
Je connaissais un peu l’histoire de la résistance du Cantal pour avoir lu « Chouette, Noisette et Luzettes » de Manuel Rispal (ancien journaliste à la Montagne) recueil de faits, d’anecdotes sur les réseaux de l’armée secrète en Chataigneraie, Ségala Lotois et Bassin d’Aurillac.
Ces gens, Marie les avait connus et côtoyés.
A ce moment, elle me prit le bras et me dit « vous savez Patrice, cette époque dont je vous parle évoque pour moi tellement de regrets ». Et de continuer son récit : « J’ai bien rendu quelques services pour la cause, mais j’étais jeune. Aujourd’hui encore je regrette de ne pas m’être plus engagée. J’aurai pu faire beaucoup plus, mais que voulez vous les choses sont ce qu’elles sont. »
« Certains jours, le passé ressurgit, comme avant-hier au monument. J’ai vu partir autour de moi avec les années tellement de valeureux témoins de cette période trouble. Des hommes et des femmes qui avaient participé avec leurs moyens à leur niveau à cette grande aventure qu’était la résistance. Ils ont changé le monde. Et moi je suis encore là, fatiguée avec mes regrets, faisant bonne figure mais portant ma peine ».
Puis, me serrant le bras encore plus fort, elle me dit : « voyez vous Patrice, ces regrets qui me poursuivent ont un nom, Odette Burlat ! Je ne l’oublierai jamais. Elle était arrivée en janvier 1943, de Paris avec ses deux jeunes enfants, enfin c’est ce qu’elle avait dit. Elle habitait la maisonnette des Mespoules à Gratte foin. Proches voisines, très vite nous avions entretenu des relations amicales, mais malgré cela, je ne la sentais pas tranquille, méfiante de tout, avare de son passé, de son histoire, elle ne se confiait pas. Plusieurs fois, elle avait évoqué les réseaux secrets dans ses conversations avec moi. Cela ressemblait à une demande d’aide. Mais si elle était méfiante, en ces moments là, tout le monde l’était, et moi la première. Je ne m’étais jamais engagé sur le sujet. Bien que sympathique, je ne la connaissais pas assez. Une femme arrivée depuis peu d’on ne sait où, personne n’aurait livré des secrets aussi importants.
Elle s’arrêta un moment de parler, comme si elle revivait une scène du passé, puis elle reprit : « je savais que l’occupant utilisait des Français collaborateurs pour collecter des renseignements sur la résistance. Je ne m’étais jamais laissée aller à partager la moindre information sur ce que je savais à ce propos ».
La dernière fois que je l’ai vue c’était un mardi d’avril 1943, je m’en souviens comme si c’était hier. Deux jours après, son corps sans vie avait été retrouvé dans la maison Mespoules, les enfants avaient disparu.
Plusieurs témoignages anonymes affirmaient, après avoir entendu trois coups de feu et voir sortir de la maison, un jeune homme dont la description précise identifiait un milicien de Saint Mamet, un certain jean Destrel. La police et la justice en cette période ne fonctionnaient que sur ordre… Lentement, difficilement et pas toujours d’une façon équitable.
On parlait d’un crime passionnel, ce qui m’a toujours étonné, je n’y croyais pas. Et les enfants qu’étaient-ils devenus ? Où étaient-ils ? Personne ne savait rien.
L’enquête piétinait en tous points. Des témoignages anonymes, aucune preuve, un milicien, tout cela suffisait à entraver un déroulement normal.
Elle continuait son récit……
Je m’étais occupé avec la secrétaire de mairie des obsèques de Odette. Après recherche, elle n’avait pas de famille connue. Peut être ses papiers étaient-ils faux. A Saint Gérons, coutumiers du fait, on connaissait bien le processus avec le chantier du barrage.
Elle fut enterrée sous le nom de Burlat au cimetière de Saint Gérons le vendredi 23 avril 1943.
La justice a tranché, et là Patrice je vous parle d’une autre justice. Trois semaines après le meurtre, jean Destrel a été tué avec deux autres miliciens dans une embuscade tendue par l’armée secrète sur la route de Maurs la Jolie. Ils accompagnaient pour les obsèques officielles, le convoi mortuaire d’un notable, collaborateur acquis à la cause de Vichy.
Je me suis longtemps posé la question pour Odette. Si je l’avais aidée à rencontrer les gens du réseau, peut être aurait-elle été sauvée ainsi que les enfants. Le doute me poursuit encore, et si je m’étais trompée à son sujet ? Ce crime n’avait rien de passionnel, on ne l’avait jamais vu en compagnie d’un homme, ni ami, mari ou amant. Jamais elle n’en avait parlé.
Cet acte ressemblait plus à un règlement de compte ou une exécution. Aujourd’hui encore je n’ai aucune explication et je suis rongée par le remord Patrice ! »
Ah, il est bien tard, et je vous ennuie avec mes histoires, je ne sais pas pourquoi je vous ai dit tout ça, jamais je n’en ai parlé à qui que ce soit. Avec vous je raconte, raconte, cela me semble facile et aisé. Je crois que je vous apprécie. Vous savez écouter et puis il y a eu cette rencontre avec une bohémienne sur le marché du Rouget, dimanche dernier. Elle vendait des bouts de dentelles de Calais. En me regardant droit dans les yeux, elle m’a dit : « tu es en peine, le servant viendra te voir tu le reconnaitras, il sait écouter ! »
Je ne sais pas pourquoi et je ne saurai l’expliquer mais l’autre jour à la mairie, vous m’écoutiez avec une attention particulière, une connivence s’est établie entre nous à notre insu. Je ne me suis pas interrogée longtemps car j’avais compris.
Cela m’a fait du bien de vous parler de mon passé, vous savez je ne sors pas souvent mais lorsque je passe devant la maisonnette des Mespoules qui sont morts eux aussi depuis belle lurette, je vois cette maison abandonnée qui s’écroule avec le temps.Ca me fait mal, rien a bougé depuis. »
Je voyais la peine qu’éprouvait Marie, je la sentais au bord des larmes. Elle détourna son regard un moment puis elle me dit : « eh bien nous avons passé un bon moment, je ne veux pas abuser de votre temps, vous reviendrez me voir, hein ! C’est promis ? Je lui fis un signe approbateur de la tête en lui disant : « vous faites une flognarde qui m’attirera sans aucun doute ! » Elle rigola et me raccompagna jusqu’à la porte.
J’étais troublé, pensif, étais-je un lien « le servant » entre le monde d’à coté et la réalité.
La pluie avait cessé et bien que le temps soit gris il faisait bon dehors, l’air était doux en cette soirée qui s’avançait sur la pointe des pieds.
La voiture éprouva quelques difficultés pour démarrer. J’étais surpris elle ne m’avait jamais fait ça. En roulant sur la route du retour elle me fit encore des siennes, tressaillements, soubresauts, pétarades et pouff, arrêt ! A cinq kilomètres de la maison, la barbe !! Pas de réseau pour téléphoner. Je n’avais pas envie de rentrer à pied et puis le stop ici en campagne il n’y a pas beaucoup de passage, ce n’était pas gagné !
J’attendis un peu et je refis une tentative de démarrage, mais rien n’y fit, elle ne voulait rien savoir, c’était bien la panne ! Je sorti de la voiture pour me calmer et réfléchir, c’est alors que je me rendis compte que j’étais devant la maison des Mespoules. Du bord de la route je la voyais, le toit effondré, les carreaux cassés, le jardin en friche, arbres, ronces et buissons avaient pris possession du terrain. Je sentis des picotements dans la moelle épinière. Encore une fois, je ne savais plus ce qui se passait. Une envie d’aller plus loin me poussa à avancer jusqu’à la maison. Loin d’être facile mais réalisable puisqu’en un rien de temps je me retrouvais sur la face arrière. Planté devant une fenêtre délabrée et ouverte. Une enjambée et je me retrouvais à l’intérieur. La sensation était étrange. Je marchais allègrement dans les décombres du temps. Et dans la pénombre, on pouvait voir que la maison était meublée, oh sommairement mais il y avait encore des morceaux de rideaux qui pendaient aux fenêtres, une table au milieu de la pièce, un buffet, une pierre à évier sans plomberie. Tout semblait dater de l’époque du drame. Il n’y avait pas de doute la maison n’avait plus été habitée. Le mobilier était dégradé par le temps et les fuites du toit. Par endroit la végétation encombrait l’espace, mousse, moisissures, gravats. Rien à récupérer dans cette ruine. Tout était à l’image de la bâtisse, en voie de disparition...
Je m’apprêtais à ressortir, car j’étais mal à l’aise. Intrus dans une propriété privée, sans autorisation pour me trouver là, qu’est ce que j’y faisais ? Je me hâtais de m’en aller, lorsque, dans le cantou, une boite brillante attira mon regard. Elle était posé dans une cavité aménagée pour mettre la boite à sel. C’était surprenant, je ne l’avais pas vue en entrant !! J’allais la chercher et la posais sur le coin de la table. Elle n’avait pas subit les outrages du temps, c’est vrai qu’elle était abritée dans l’âtre de la cheminée, mais cela n’expliquait pas son état presque parfait, alors que tout le reste, vaisselle, bibelots étaient en piteux état.
Je l’ouvrai sans effort, un frisson me parcouru le dos. Encore une fois le surprenant et l’étrange m’envahirent !! A l’intérieur de la boite, avec quelques papiers sans importance se trouvait une enveloppe cachetée et adressée à « Monsieur gilles Delorme - 5 rue des Fêtes Paris 19 ème - Seine »
Stupéfait par ma découverte, je décidai de ne pas l’ouvrir, j’étais déjà allé trop loin dans la violation de propriété !! Et puis par pressentiment je ne me sentais pas le droit de le faire, néanmoins je la mis dans ma poche.
Et puis, ressentant que je n’avais plus rien à faire ici, je ressortis de la maison.
Je remontais en voiture. Par acquis de conscience, encore une fois j’essayais de redémarrer. Le moteur ronfla au quart de tour, c’était à ne rien y comprendre, sans me poser de question je filais vers la maison.
Ma Douce qui était rentrée avant moi semblait m’attendre. « Alors, raconte, ta visite s’est bien passée ? »
Je lui racontai tout en détail, les révélations de Marie, la panne de voiture inattendue, la maison des Mespoules, la lettre. Toutes ces situations qui s’étaient succédées depuis le monument aux morts me laissaient penser que j’avais été le jeu d’un enchainement pour le moins étrange, qui dépassait l’entendement.
Quand je montrais la lettre à mon épouse, elle s’écria : « surtout, ne l’ouvre pas ! Tu n’en a pas le droit ! Tu en as assez fait comme ça. Imagine que quelqu’un t’ai vu fouiller dans cette maison !! C’est du vol, tu n’avais pas à faire cela !
Comme d’habitude je pensais qu’elle exagérait un peu, mais avec le recul je finissais par penser comme elle. Qu’est ce que j’étais allé faire là bas ? Je me posai des questions mais cette succession de coïncidences ne s’étaient pas produites pour rien. Ca, j’en étais persuadé au plus profond de moi. Bien qu’étrange et inexplicable il y avait sans aucun doute une raison.
Pour la lettre, nous décidâmes de la poster , après tout il y avait une adresse et on avait déjà vu par le passé des courriers perdus arriver plusieurs années après.
Le lendemain à la poste, la guichetière m’indiqua que la lettre pouvait être envoyée telle quelle, l’affranchissement de l’époque (plus de cinquante ans) non oblitéré restait valable. Cependant elle me conseilla pour plus de sécurité d’acheminement de rajouter un timbre en vigueur. Ce que je fis. Et c’est avec une certaine émotion que je mis la lettre à l’expédition, un peu comme une bouteille à la mer.
Après quelques courses au village je rentrai et je me sentais soulagé, comme si on m’avait enlevé une pierre du fond de l’estomac !! D’une humeur joyeuse, léger comme l’air je me surpris à chanter à tue tête dans la voiture.
A la retraite, je me dis que je n’ai jamais autant travaillé que depuis que je n’ai plus rien à faire. Les occupations ne manquent pas et nous prennent du matin jusqu’au soir, ainsi passe le temps, vite, très vite, trop vite.
Les semaines ont passé, les mois même. Un matin je me rendais à la mairie, j’avais rendez vous avec le Maire pour la construction d’un cabanon dans mon jardin. La secrétaire me reçu en m’indiquant que la personne du rendez vous précédent était encore là. Me précisant qu’il n’en avait sans doute plus pour longtemps. Elle me fit patienter en me demandant des nouvelles de nos enfants et petits enfants qu’elle connaissait. Après quelques minutes, la porte du bureau s’ouvrit et le Maire raccompagna son hôte jusqu’à l’extérieur. Passant près de moi il me dit : « je suis à vous tout de suite Patrice. »
La discussion dut se poursuivre dehors, car vingt minutes se passèrent avant qu’il ne revienne.
Bouhh ! quelle histoire me dit-il en me faisant asseoir dans son bureau. La personne qui était là, était un notaire de Brives. Il venait, mandaté par des Américains pour faire une demande bien spéciale et peu ordinaire. il est chargé dans une démarche conjointe avec notre mairie, de contacter la Préfecture en vue de faire poser officiellement une plaque commémorative en souvenir du sacrifice de Mademoiselle Odette Burlat, allias Jeanne Lauris, décédée ici le 15 avril 1943 à l’âge de vingt neuf ans. Elle avait dans un ultime voyage, caché et sauvé deux enfants juifs, Samuel et Sarah Vermes , vivants aujourd’hui aux Etats Unis.
Et le Maire de continuer à lire ses notes et les documents posés sur son bureau. Odette œuvrait dans un réseau secret Parisien qui organisait la cache et le passage de juifs hors de France lors de l’occupation. Elle aurait sauvé plus de vingt vies par ses agissements risqués. Lorsqu’ elle avait été dénoncée, elle avait fuit Paris et traquée elle était arrivée ici.
La famille Mespoules qu’elle connaissait, avait mis la maison de Gratte Foin à sa disposition et pendant ses derniers jours, elle avait réussi à organiser le passage des jeunes enfants en Angleterre via Bordeaux par des contacts de dernière minute trouvés on ne sait pas trop comment. Après l’histoire dit qu’elle est morte ici, sans doute exécutée par les services secrets Allemands. (visiblement le Maire ne connaissait rien de l’histoire)
Les derniers enfants qu’elle a sauvés vivent aujourd’hui à Chicago où ils ont fait fortune. Ils ont toujours recherché Odette, ils ne savaient pas qu’elle était morte ici, ils n’ont retrouvé sa trace que récemment. L’envoi d’une lettre datant de la guerre à une famille juive de paris il y a quelques mois et qui est toujours restée en contact avec eux leur a permis de remonter jusque chez nous. Après des années de recherches infructueuses ils avaient abandonné tout espoir de la retrouver.
« Vous vous rendez compte Patrice, une lettre de près de soixante dix ans, que personne ne sait expliquer, avouez que tout cela est étrange, non ? »
« Oui, Monsieur le Maire c’est étrange et inattendu ! » Je me gardais bien de dire ce que je savais, il y avait trop de choses qui se bousculaient dans ma tête ?
Le notaire de Brives m’a parlé d’une somme très importante, pour organiser la cérémonie commémorative de la plaque, la pose d’une pierre tombale de grande qualité sur la sépulture d’Odette, et tous les frais concernant ces démarches.
Les familles Vermès et Harnington, les derniers enfants qu’elle a sauvés feront le voyage. D’autres familles avec les membres survivants de cette terrible période seront là aussi.
Après, mon affaire de cabanon ne prit que quelques minutes pour être réglée.
En sortant de la mairie, j’étais tout retourné, en rentrant je décidai de m’arrêter chez Marie.
C’était l’heure du repas mais je ne pouvais attendre pour lui faire ces révélations.
Elle quitta la table en plantant là son fils et sa belle fille, et me conduisit dans un petit salon dans lequel elle nous enferma, elle pressentait les choses.
Vingt minutes, après je ressortais de la maison en m’excusant auprès de sa famille qui bien que dépassée, acceptait de bon gré cette intrusion impromptue qui visiblement avait de l’importance pour Marie.
J’appris le lendemain par l’appel téléphonique de son fils, que Marie était décédée dans la nuit, elle avait pris le courage de dire à ses enfants, que maintenant elle voulait partir avec ses regrets.
La même semaine aux obsèques de Marie, j’appris par le Maire que les Américains avaient demandé au notaire d’acquérir la maison Mespoules et que la Préfecture avait donné son aval pour la commémoration qui devait avoir lieu dans deux mois.
Avec ma Douce nous avions été attristés par ce décès, bien que quatre vingt quatorze ans fut un bel âge pour faire ses adieux au monde.
Cela faisait beaucoup de choses, ces derniers mois les évènements s’étaient précipités, coïncidences troublantes et invraisemblables, et dans ce tumulte d’évènements, si nous étions restés sereins, ce n’était pas sans cet éternel questionnement sur mes interventions dans ces histoires. Ces intuitions que j’avais, elles m’étaient dictées. J’avais l’impression d’être l’acteur d’une scène de la vie écrite et corrigée par le monde d’à coté…





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Le pays des sorcières 13
La Pierre de Justice

Cette pierre me parle. Je l’entends dans ma tête… Serais-je en train de devenir fou ! Elle me dit : « Ecoute, écoute l’histoire de Guénal l’enfant, pendu ici même pour avoir tué son père….. »
J’ai beau me secouer, fermer mon esprit, mes oreilles, ne plus vouloir entendre, la voix me répète « Pendu ici même pour avoir tué son père »
- « Dis ! Tu rêves, je te parle. » me dit ma Douce.
Je sursaute, la regarde. Je ne comprends pas bien ce qui se passe.
- « On croirait que tu dors les yeux ouverts. Tu ne me réponds pas. Je t’ai demandé si tu avais fini de labourer le fond du jardin ! »
- « Heu !! Oui, oui, j’ai fini »
Je suis brutalement ramené à la réalité, là, à table devant mon assiette, je mange, la fourchette dans la main, ma femme me parle et je lui réponds difficilement…
- « Tu as l’air tout bizarre, ça va ? »
- « Oui, oui ça va, mais j’ai l’impression que j’étais ailleurs. »
- « Pour sûr » me dit-elle : « Cela fait deux fois que je te pose la question et tu as l’air hagard. »
- « Ah bon ! Ca a duré longtemps ? »
- « Non, mais ça m’a fait drôle, car tu n’avais plus de regard, on aurait dit que tu n’étais plus dans la réalité. »
C’était bien cela. Je m’étais absenté pour me rendre dans le monde d’à coté et j’avais l’impression d’y avoir fait l’analyse de ce que j’entendais dans ma tête. Cette voix m’intimait à réfléchir sur ce que la pierre signifiait…
- « Ah, que veux-tu, je vieillis.. » Et revenant à la question qu’elle m’avait posée, je lui dis. « Tu sais, ce matin en labourant avec le tracteur, j’ai crocheté une très grosse pierre avec la charrue. Elle pèse au moins 150 kilos. Elle est parfaitement ronde, façonnée de main d’homme et entaillée d’une croix. Elle affleurait sans doute dans l’herbe et je ne l’avais pas vue. Je l’ai dégagée, attachée et tirée sur le chemin. »
- « Ah bon ! quelle histoire ! Allez, finis donc de manger, ça va être froid »
Le repas terminé, mon café avalé, je pris le temps d’aller sur internet faire quelques recherches au sujet de cette trouvaille, cette pierre pour le moins originale.
Au fur et à mesure de mes investigations, se dessinait l’historique de ma découverte. Il s’agissait sans aucun doute d’une Pierre de Justice, un lourd support percé, entaillé, servant de socle à la potence…
-« Je redescends au jardin. » dis-je à ma femme qui tricotait sur la terrasse. Elle profitait des derniers soleils d’automne de cette drôle d’année, qui n’avait pas vu de printemps puis un été de pluie et de froid. Les 26° de cette fin octobre étaient plutôt les biens venus.
Dans le jardin, la pierre semblait m’attendre. Maintenant que je l’avais tirée sur le chemin, elle trônait là, majestueuse, un véritable ouvrage. Je m’approchais et en la touchant, chaude de ce soleil d’après midi, je sentis cette odeur si particulière du granit. Et là, les mots du repas revinrent marteler mon esprit…. « Guénal l’enfant, pendu ici même pour avoir tué son père… » Je ne comprenais rien. Il me semblait pourtant que quelque chose se passait entre cette pierre et moi. Puis d’autres mots encore et encore, comme pour mieux engourdir mon esprit : « Pas sa faute à Guénal, abandonné de Dieu, pas sa faute à Guénal, cherche le chemin des cieux… »
J’étais là, agenouillé près de la pierre, quand une nouvelle fois la voix de ma femme me tira de cet état.
- « Tu fais la sieste sur ta pierre ? » me dit-elle. « Je suis descendue pour voir ton travail et ta trouvaille. »
Je me relevai, et bien que songeur, après que nous ayons fait le tour de la pierre, je l’accompagnai pour faire la visite du jardin.
Plus tard à la maison, je me remis à faire des recherches sur internet.
Ces pierres ouvragées prenaient des formes différentes suivant leur usage : support, calage, table. Dès lors qu’elles servaient au supplice, elles devenaient « Pierres de Justice » et étaient consacrées pour l’éternité. On en trouvait encore parfois, proche des endroits où les jugements étaient rendus.
Les fiefs seigneuriaux étaient dotés, à des échelons différents, de droits de justice, octroyés par le roi.
Laroquebrou était une cour de haute justice. Au-delà de la question et de la torture, la mort pouvait être décrétée et le supplice pratiqué : tête tranchée, écartèlement, pendaison, bûcher et autres châtiments médiévaux.
Justement, en cette période automnale, se tenait au Château de Laroquebrou, une exposition sur l’histoire et les mœurs du Fief et de la Seigneurie. Je décidai de m’y rendre le lendemain, guidé par je ne sais quel sentiment étrange… défini plus comme un besoin, une quête.
Ce soir là, le sommeil ne vint pas, ou plutôt si, il m’emporta très vite dans un dédale de pensées, de visions, de voix qui s’entrechoquaient au gré des mêmes échos que j’avais eus dans la tête précédemment.
J’imaginais les affres du Moyen Age, les tribunaux sans appel, les doigts accusateurs, les aveux obtenus sous la torture, l’impuissance et la misère des gens sans condition.
Mon réveil fut difficile, emprunt de cette nuit cauchemardesque. Je me levai, pris ma douche et m’habillai. Après un petit déjeuner pris sur le pouce, je montai en voiture pour aller à Laroquebrou. Mon épouse me demanda de ramener du pain et trois ou quatre courses que je ne pris même pas la peine de noter.
Ma préoccupation devait être visible car elle me dit « Cette histoire de pierre te tracasse. J’espère que tu trouveras ce que tu cherches à Laroque. »
Dix minutes suffisent pour rejoindre le village de Laroquebrou. On arrive par la gare qui surplombe la rivière Cère et de l’autre coté, sur la hauteur, s’érige le château fort avec son donjon, ses deux tours et les ruines de ses remparts. Cet édifice stratégique contrôlait les routes du Carladès vers le Limousin et le Quercy. Située sur le chemin de Saint Jacques, avec le dernier pont avant les infranchissables gorges de la Cère, il gardait l’endroit.
Au pied du contrefort, s’étend le village. Du bourg, en empruntant ruelles et venelles, on accède au château en un quart d’heure de marche éreintante. Je choisis de faire le grand tour en voiture, cinq kilomètres de route de campagne pour arriver directement dans la cour.
Je connaissais le Château pour y être venu maintes fois à l’occasion de manifestations d’artistes peintres, sculpteurs, et artisans en période estivale.
Là c’était autre chose. Etalée sur la durée d’un mois, en pleine semaine, bien que libre et gratuite, l’exposition n’attirait pas grand monde. Il n’y avait personne, pas de touriste. Je croisais le gardien que je connaissais de vue, il me salua et me souhaita bonne visite.
L’exposition se tenait dans les trois grandes salles du rez-de- chaussée.
L’histoire de la construction du 11 ème au 13 ème siècle : les seigneurs de Pontal se succèdent, allégeance, alliance, une histoire marquée de la Haute Auvergne.
Puis, au détour du couloir menant à la dernière salle, je fus pris d’un malaise. Dans une ambiance pesante, avec des odeurs moites et chaudes, les mêmes que celles de la pierre, la veille au jardin, je titubais et ces voix qui recommençaient « Pas sa faute à Guénal, abandonné de Dieu, cherche le chemin des cieux… »
Soudainement affaibli, éprouvé, je m’assis sur l’unique chaise devant cette table de lecture où se trouvaient des documents et des vieux manuscrits prêtés par les archives départementales et qui pouvaient être consultés. Je me mis à lire, registres de baptême, livres d’église, comptes de notaires et négociants, la grande guerre, l’occupation, les conseils municipaux…. Jusqu’à ce que tombent entre mes mains, je ne sais trop comment, des récits du Moyen Age, en vieux Français pratiquement illisibles, devenus pourtant limpides pour moi, par je ne sais quel sortilège.
Il y était relaté….
. – En l’an de grâce 1249, à la période de chante grenouilles, Bertrand de Pontal, Seigneur de Laroquebrou, rend jugement .
Guénal le jeune sera châtié. Par ses aveux, rendu coupable pour l’assassinat de son père, à l’aube des fêtes de printemps par pendaison et jusqu’à ce que mort s’en suive.
Les détails du procès indiquaient que le jeune Guénal avait été saisi, agenouillé près de son père gisant dans une mare de sang. En l’absence de tout élément et soumis à la question, Guénal le jeune avait avoué le meurtre de son père. Pourtant aucune arme n’avait été retrouvée sur les lieux, aucun mobile probant ne pouvait être retenu, en dehors de celui de folie, possession du démon, envoutement et sorcellerie noire.
Le bûcher lui avait été évité par son jeune âge, les édits du roi prescrivaient une mort rapide pour les enfants.
Sur un autre feuillet, on pouvait lire qu’à la fin des fenaisons, une lune après l’exécution de Guénal le jeune, une bande de brigands avait été arrêtée dans une contrée voisine. Condamnés à mort pour un grand nombre de méfaits, l’un d’eux pour soulager sa conscience avait reconnu l’assassinat d’un coupeur de sagne dans le marais de Laroquebrou.
Pas question de revenir sur le jugement et de faire de Guénal le jeune, un martyr. L’église qui avait pris une large part dans les décisions de justice s’y était farouchement opposée.
Le Seigneur Bertrand de Pontal, homme d’honneur et de cœur, pieux et résigné, conscient de son erreur, fît brûler la potence, détruire les instruments de torture et enfouir les traces de son infortuné geste de justice. Il fît pénitence pendant de longs mois, réfugié dans la solitude et le silence. Puis il prit les armes pour rejoindre Louis 9 à la neuvième croisade… Il sera tué en défendant son Roi à Mansourah en Egypte en l’an de grâce 1250.
Les mots qui résonnaient dans ma tête prenaient un sens... abandonné de l’église, Guénal le jeune, injustement condamné, cherchait le chemin des cieux.
Mais pourquoi moi ? Je rentrai du village avec mon pain et mes quelques courses. Ma douce en me voyant arriver me dit : « Alors là, tu as vraiment une drôle de tête, tu es pâle, et les rides de ton front en disent long. Que se passe t-il ? »
C’est vrai que j’étais effondré. Je ne sais pourquoi cette histoire vielle de près de huit siècles, m’affectait autant. Je me sentais tellement concerné sans rien comprendre.
Je lui fis le récit de ma visite au château en n’omettant aucun détail. Le malaise subit, cette rencontre impossible avec des documents relatifs à Guénal et la pierre, cette incroyable capacité à comprendre le vieux Français. Tout cela me dépassait.
Après le repas, comme souvent je m’offrais une sieste que je voulais réparatrice.
Là encore, emporté dans un sommeil délirant, des voix me répétaient : « Pendu ici même, abandonné de Dieu, cherche le chemin des cieux, Guénal t’implore, libère le de ses chaines. Acquitte-le de sa peine… »
Je me réveillai en sueur, avec un sentiment d’impuissance, de résignation, de tristesse.
Me voyant ainsi, ma femme me dit : « Ca continue, tu n’as pas bonne mine, va prendre l’air, marche un peu, cela te fera du bien »
Je me dis qu’elle avait sans doute raison. Je pris mon bâton et décidai d’aller faire un tour dans les bois, aux champignons.
Ah, une bonne promenade en solitaire dans la forêt, ça c’est mon truc. Je me sentais bien. Les sapins sentaient bon. Les arbres perdaient leurs feuilles et préparaient l’humus. Même si je ne trouvai pas de cèpe ni de girolle, j’étais bien.
Sur le chemin du retour, je croisai une bien vielle femme que je ne connaissais pas. Elle me regardait en s’approchant, me salua en levant son bâton, et me dit :
« Tu as mieux à faire que te débattre dans l’ignorance. Brise la pierre, brise les chaines, la prière du pardon sera faite au matin. Tu le feras… »
Elle me toucha de son bâton, puis elle me tourna le dos et s’en alla sans que je puisse lui dire un mot, et disparut au détour du chemin.
Le bien être de ma promenade, bien que bousculé par cette rencontre, perdura néanmoins.
Je me dépêchai de rentrer, pressé par je ne sais quelle vigueur. Rendu à la maison, je pris dans la resserre ma lourde masse et descendis au jardin. A deux mains et de toutes mes forces je frappais la pierre. Un seul coup suffit à la briser en plus de dix morceaux !! Là encore, je n’expliquai pas ma force surhumaine. Reprenant ma respiration, un grand calme m’envahit, un bien être généreux s’empara de moi. Je flottai comme un nuage, libéré, chaleureusement content de l’œuvre accomplie, sans vraiment la comprendre.
Lorsque je narrai à ma femme mon après midi, elle parut soulagée elle aussi, me disant qu’elle finissait par douter de mon état.
La soirée fut douce et reposante et, la nuit qui s’en suivit aussi.
Le lendemain matin, mon épouse était levée avant mon réveil. « Je t’ai laissé dormir, tu avais l’air si paisible. » me dit elle. « Aujourd’hui je ne te lâche pas d’une semelle, je t’accompagne partout où tu iras. Moi aussi, je veux prendre part à tes aventures étranges »
Je me demandai si cela ne cachait pas une inquiétude : celle de me voir devenir fou. Car, c’était bien de la folie, en y regardant de plus près, mon récit, ma conduite n’avaient rien de rationnel.
Le prétexte de quelques courses urgentes, nous fit descendre au village. Elle voulait, elle aussi, voir l’exposition du château. Mais là, surprise ! Plus aucune trace des manuscrits que j’avais consultés la veille. Il y avait bien les archives, mais cela se résumait à des documents plus récents.
Le gardien qui était là, nous affirma que rien n’avait été modifié, que personne n’était venu.
Ensuite, depuis la boulangerie qui la jouxte, nous vîmes que l’église se vidait d’un flot de gens. Devant notre étonnement, la boulangère nous indiqua que c’était la messe du pardon de Pontal, elle avait toujours connu ça depuis sa plus jeune enfance. Les descendants de la famille perpétuaient chaque année, le souvenir du sacrifice de Bertrand de Pontal mort en protégeant son bon roi St Louis, lors de la neuvième croisade.
Je repensai à ce que m’avait dit la veille, la femme dans la forêt. Mort, emportant avec lui son éternel remord, Bertrand de Pontal attendait un pardon.
En rentrant, ma femme me dit que tout cela était bien étrange. Nous décidâmes de descendre jusqu’au jardin et là encore une surprise stupéfiante nous attendait…Tous les morceaux de la pierre avaient disparu,
-« Si je ne l’avais pas vue hier ta pierre, je ne croirais pas un mot de ton histoire »
Il y a encore là, un mystère. Seul, une intervention des dames du monde d’à coté semblait être l’explication de toutes ces invraisemblances.
Depuis ce jour : plus aucune voix dans ma tête, la pierre a rendu sa dernière justice, Guénal le jeune a du trouver le chemin des cieux, et quant au tourment de Bertrand de Pontal, peut être a-t-il cessé….
Il faudra bien qu’un jour, je comprenne pourquoi les dames du monde d’à coté m’utilisent et m’entrainent dans ces étranges aventures. Ma capacité à communiquer avec elles, est-elle liée au lieu que nous habitons ? A un don de famille transmis par un parent ? Autant de questions aux quelles je n’ai pas de réponse.
Elles sont là, souvent je sens leur présence, qui sait comment cela finira…





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le pays des sorcières 12
la Fille du Vent

-« Tu en reprends ? » me demanda ma Douce en me proposant du gâteau aux pommes que j’avais préparé le matin.
-« Non merci, j’en ai pris une belle part et ça me va bien comme ça » Elle débarrassait la table du repas de midi.
- «Au fait, tu as terminé ton livre ? »,
- « Oui, cette nuit vers deux heures, je l’ai fini »,
-« je ne sais pas ce que tu avais, mais tu devais rêver car tu étais agité et ça m’a réveillé et puis tu t’es calmé ».
-« Tu sais, tu ne sors pas indemne d’une telle lecture »,
-« ha bon » me dit-elle !
Ce tour du Massif Central fait par Honorin Victoire dans son livre les Mystères de l’Auvergne, m’a bien plu. J’y ai découvert une myriade de récits et légendes, sur tout le pays, et des histoires de sorcière, il y en avait !! Je ne suis plus étonné qu’elles nous accompagnent de si près, et j’en connais maintenant la raison.
Et de raconter à ma femme…
-« Figure toi qu’un jour, au temps jadis, après que Dieu eut créé l’Auvergne, arriva Messire Rapatou, tout noir, des yeux de braise incandescente, une longue queue fourchue et des oreilles pointues… Lucifer en personne. Dieu lui donna la permission de créer trois villes. Il monta alors sur une colline, arracha trois cheveux de sa tignasse, les dressa et les lança dans trois directions différentes. A l’endroit où les traits se fichèrent, apparurent trois Fiefs. c'est à ce moment que naquirent Montsalvy, Maurs la Jolie et Laroquebrou . Aujourd’hui, ces trois bourgades médiévales bordent la Chataigneraie Cantalienne avec trois autres départements. Le Lot avec Maurs la Jolie, l’Aveyron avec Montsalvy et la Corrèze avec Laroquebrou, des cités chargées d’histoire. Le lieu d’où Messire Rapatou tira ses trois flèches prit le nom de Roussy à cause de l’odeur de souffre brulant qu’il laissa sur la colline… C’est maintenant le village de Vézel Roussy. Alors tu vois, nous habitons juste sur la trajectoire de Vézel Roussy à Laroquebrou. Il n’y a pas de doute, nous vivons sur les bords du Monde d’à côté ».
Cette journée d’été faisait partie des plus chaudes de la saison, une mini canicule qu’ils disaient aux informations. Cela n’a pas duré bien longtemps, mais il faisait chaud ces jours là.
Et c’est vrai que je savourais les après repas avec une petite sieste. La sieste, tiens, voilà quelque chose qui s’apprend. Je ne sais comment je l’ai apprise. C’est arrivé sur le tard, après cinquante ans. Je n’ai jamais pu et jamais su la faire avant ! J’ai pourtant eu des exemples autour de moi, mon père la faisait, mon grand père la faisait, et même mon arrière grand père Corrézien, le meunier,lui aussi officiait déjà. Mon souvenir pourtant lointain, mais tellement ancré dans la recherche de mes racines, m’habite encore. Je le vois, cracher sa chique, quitter ses sabots de bois pour aller s’allonger sous le grand tilleul devant la maison de Crépiat. La sieste est un art appliqué où chacun excelle au regard de l'importance qu'il lui accorde, l'unique excellence réside dans la durée qu'on lui concède.
Sans doute est ce dans les gènes ! Mais on hérite de ça lorsque l'on a atteint l’âge de pleine raison !! Peut être est-ce mon tour d'y arriver….
Alors moi aussi, ce petit plaisir je me l’offre de plus en plus souvent. D’aucuns, (qui n’y connaissent rien) vous diront que c’est l’âge avancé, le poids du repas, ou bien encore le vin. Moi je pense c'est un appel que l’on a bien du mal à refuser. Il nous prend et nous emporte très vite… Et par ces jours de bonne chaleur, je m’en vais répondre à cet appel sur le talus, sous les frondaisons qui bordent notre terrain. Cet ados moussu, doux comme un édredon et qui en plus, épouse la forme du corps quand on s’y allonge. Ce coin ombragé pourtant si proche, et déjà à l’écart de la maison bourdonnante de vie, avec les petits enfants en vacances qui s’amusent. Cet endroit où, lorsqu’il fait si chaud, volette un air léger qui vous fraichit à peine.
Et bien, ce moment est propice aux voyages quand la sieste dure un peu plus longtemps, qu’on ne le voudrait bien !!
Cette fois-ci encore, ce fut le cas ! Empreint de tout ce que j’avais vécu à travers le livre d’ Honorin Victoire, je sombrai et visitai ma mémoire à la recherche d’une rencontre avec les gens du monde d’à côté. Cela ne tarda pas….Le songe m’enveloppait. Je me promenais sur le chemin des Ames. On l’appelle ainsi, car il se dit qu’avec la Soulèdre qui souffle de part de là les monts, on entend la complainte des enfants des limbes et des autres aussi.
Ce chemin je le connais pourtant bien. Je l’emprunte souvent pour aller à la boite aux lettres du village. Il m’est familier et, cependant à chaque fois, je le découvre sous un aspect nouveau, comme si il était mille tableaux à lui seul, chaque fois si différent. Il eut fallu que je le jalonne dans mon esprit, avec des dates ou une numérotation chronologique, comme l’aurait fait le petit Poucet, pour peut-être m’y retrouver… Mais cela aurait été peine perdue, car on ne voyage pas dans le Monde d’à Côté avec des repères.
Donc, au détour du chemin des Ames, je rencontrai cette petite fille. Sept, neuf ans, je ne sais pas au juste, la bouille bien bronzée même un peu sale, la chevelure épaisse et les yeux noir ébène . Drapée dans une toile, qui ressemblait fort à une nappe de table de nos grands-mères. Les pieds nus et bien crasseux, on aurait cru la Cosette des Misérables… Elle était là toute seule et pourtant elle parlait comme si elle s’adressait à ses copines… -« Oh, arrête de faire ta commandeuse, Jézéra !! Reste- là, ne t’en va pas ! » Et m’apercevant
- « N’aie pas peur, le monsieur ne te fera rien ! »
-« Bonjour, lui dis-je comment t’appelles-tu ? Je ne te connais pas. Tu n’es pas du village ? »
-« Non Monsieur, je m’appelle Elézir et je suis une fille du Vent. Parfois je viens avec la Burle, ou l’Ecir, ou bien le Gaterno ou la Soulèdre. Cela dépend des saisons. »
-« Mais que fais tu ici au bord du chemin ? » La petite fille baissa les yeux et me dit presqu’à voix basse.
-« Je viens faire ce que nul autre que moi ne peut faire. Je viens chercher mon frère et ma sœur qui sont ici depuis trop longtemps et que je dois conduire dans la lumière.... Ils continuent de grandir vous savez, et bientôt, il sera trop tard. C’est le Mauvais qui les prendra et ça, je ne le veux pas ! »
-« je peux t’aider », lui demandais-je.
-« Je ne le crois pas Monsieur. Quand bien même vous le feriez, je ne sais pas si cela servirait ma cause. Vous et moi vivons bien à côté l’un de l’autre mais pas dans le même monde. » Dans son regard je crus cependant déceler une lueur de satisfaction.
Elle se retourna, et appela
- « Allez, venez, prenez ma main, nous devons partir ».
Puis elle s’en alla. Je crois bien qu’elle les tenait par la main….
Je l’entendis dire,
- « Jézéra, Ancelin, venez, nous pouvons y aller maintenant ».
Je la vis s’éloigner, puis disparaitre au creux du chemin. Elle ne remonta pas l’autre versant, continuant ma route, je me rendis compte qu’elle n’était plus là. Je l’avais perdue. Elle s'était évaporée. J’éprouvais quelque peine et regrettais de ne pas avoir pu prolonger ce moment tendre et émouvant, pourtant si étrange et angoissant. Au fond de moi, je me réjouissais sans trop savoir pourquoi. Je ne la voyais plus mais je l’entendais encore, rire et même chanter !!
Un coup de vent, le bruit dans les branches, une senteur appuyée du robinier encore en fleur….
Je ne sais pas ce qui m’a sorti de cette sieste accaparente. J’avais du mal à reprendre pied, baillant, écarquillant les yeux, m’étirant au plus long et au plus droit de moi-même. J’entendis les rires de mes petits enfants.
-« Papé tu as ronflé fort ! » et ma Douce de dire
-« J’ai cru que tu n’allais jamais te réveiller, on t’a appelé au moins dix fois !! »
Je redescendis sur la terrasse où elle jouait aux cartes avec les enfants, à l’ombre du grand parasol.
Elle m’avait préparé un café que je n’avais pas bu et bien sur, il était froid quand je le goûtais.
- « Tu as dormi plus d’une heure » me dit-elle. Je vais t’en faire un autre. »
Une soirée au calme, ponctua mon après midi tourmenté par ce voyage virtuel.
Le lendemain matin, je pris la voiture pour descendre à Laroquebrou acheter le pain et des brioches pour les enfants. Arrivé chez le boulanger, j’écoutais malgré moi la conversation engagée entre la boulangère et la cliente qui me précédait.
« Alors c’est vrai ce qu’on dit. Parait-il qu’à l’église ce matin, lorsque le curé est arrivé, trois cierges brulaient sur l’autel. Il y avait à coté trois petits bouquets de boutons d’or … On ne sait qui a bien pu faire ça, car il n’y avait rien hier soir quand le prêtre a fermé son église !! Il paraitrait aussi que la statue de la Vierge Noire regarde vers le ciel , alors qu’hier encore, elle regardait l’autel. Quelle histoire !! »
Ressortant sur le trottoir, des gens commentaient l’évènement.
-« Il se dit que lorsque la Vierge Noire regarde le ciel, c’est pour remercier le seigneur d’avoir tiré des enfants des limbes… » Moi qui ne suis pas croyant, je ne me moque pas, mais quand même j’en souriais…
En rentrant à la maison, sur la route je dépassais une vielle personne, que je reconnus dans le rétroviseur. C’était Madame Escassus. Cette brave dame remontait au village. M’étant arrêté, je lui proposais de l’emmener. Elle accepta volontiers, en me disant qu’elle aimait bien marcher, mais que cela lui épargnerait un peu de fatigue. Nous avons bien parlé des enfants, de la pluie et du beau temps et d’autres choses aussi. Arrivés au village, elle me dit
-« Vous n’avez qu’a me laisser auprès de l’ancienne mare du chemin des Ames, je finirais bien à pied » Elle remarqua ma surprise quand je marmonnais
-« L’ancienne mare ?»
-« Oui » me répondit elle.
-« Dans le temps, à cet endroit, il y avait un trou d’eau juste dans le premier tournant. Ma grand-mère m’a raconté qu’il avait été comblé juste après le drame qui s’y était déroulé. Moi je ne l’ai jamais connu, mais je sais ce qui se disait. C’était avant la grande guerre. Des Bohémiens, qui, avec leurs roulottes à cheval, campaient au bord de la mare, avaient perdu deux enfants en bas âge. Des jumeaux, un frère et une sœur s’y étaient noyés. Tout le village avait été bouleversé. Même à ces pauvres gens qui inspiraient craintes et méfiance, on n’aurait jamais souhaité si pire malheur. La plus vieille femme de la tribu, diseuse de bonne aventure et qui lisait dans les lignes de la main, avait dit à cette époque que seule, une Fille du Vent provoquant la rencontre des deux mondes, pourrait arracher les enfants des limbes…
J’étais abasourdi, et, repensant à mon rêve, je me demandai si je n’avais pas été l’instrumentalisation inconsciente de cette rencontre des deux mondes….. Dédoublement de la conscience, irréalité d'évidence, étrangeté coutumière, questionnement permanent, je ne sais plus, je cherche mon issue...
Rentré à la maison, racontant toute l’histoire à ma femme, mon rêve, l’église, le drame de la mare, elle éclata de rire en me demandant si je n’avais pas oublié de faire bénir le pain qu’on allait manger ce midi !! Puis rassurante et plus sérieusement, me prenant le bras affectueusement, elle me confia
-« Moi aussi, certaines fois, je sens leur présence….. »








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le pays des sorcières 11
le vieux moulin

Le vieux moulin.
Si, si, vous le savez ! Je vous l’ai dit souvent, j’habite une contrée où l’air du temps flatte l’imaginaire jusqu’à ce que parfois il devienne réalité, et ces temps ci…….
Ce matin là, Bastien, le maître du vieux moulin, je dis vieux moulin, car il a du cesser de fonctionner il y a plus de 70 ans. Oui ce matin là, la nouvelle s’était répandue dans le village de porte en porte et de bouche à oreille, Bastien était mort. Jusque là rien ne laissait présager que cet homme de cent ans allait trépasser. Bon pied bon œil, il faisait encore son jardin et se déplaçait à vélo jusqu’au village tous les jours, pour aller chercher son paquet de tabac et boire son canon.
De lui, on disait des choses…. Cette éternelle santé, cette jeunesse, si âgé, n’était pas gratuite. On prétendait qu’il entretenait des relations étroites avec le monde d’à coté…. Mais cela se disait dans son dos, car malgré son âge avancé, personne non personne, n’aurait osé braver la colère de cet homme encore vigoureux, au caractère bien trempé. Sa taille, ses cheveux blancs, son regard aux yeux bleu acier en imposaient. Et ses mains, des mains d’homme qui ont tenu le travail pendant de si longues années… elles étaient impressionnantes. D’ailleurs quand il tapait du poing sur la table ses auditeurs baissaient les yeux comme pour mieux écouter ce qu’il avait à dire. Dernier meunier de la vallée, il avait arrêté son métier dans les années 40. La mécanisation électrique avait déplacé les moulins bien loin des rivières, et avait beaucoup contribué à l’industrialisation de cette activité avec les grands moulins.
Pourtant encore jeune à cette époque, il n’avait pas suivi cette évolution. Il n’avait pas voulu quitter le pays où il était né. Il ne s’était jamais marié, et vivait seul dans la masure contigüe au moulin. On ne sait d’où il tirait sa prétendue fortune, car bien qu’il travailla tout le temps, il ne fît plus commerce de rien. Beaucoup de questions s’étaient posées sur ses largesses. Tout d’abord, nul ne put dire qu’il avait des dettes, car il payait ce qu’il devait en sonnant et trébuchant.
Certains rapportent même l’avoir vu payer en or. Des valeurs que s’empressaient d’empocher les commerçants ou artisans auxquels il avait à faire. Mais ça c’était avant, il y a bien longtemps, à l’époque de tous les possibles …
Les temps ont changé et pourtant ces dernières années encore, il vivait avec une facilité financière qui en déconcertait plus d’un. Lui ne semblait pas en jouir personnellement, car il était toujours vêtu simplement, sans oripeaux, pas de voiture, pas de demeure somptueuse, d’ailleurs il ne recevait pas beaucoup de monde chez lui. Le visiteur se faisait rare dans ce fond de val où il avait son moulin. Non, sa personnalité ne laissait rien transparaître de cette aisance qui lui octroyait la générosité dont il faisait preuve en toute discrétion.
Bien que cela n’ai jamais été formellement établi, on sait qu’il a aidé bon nombre de gens ici.
- Cette veuve avec ses enfants, dont le mari avait disparu.
- Ce fermier prêt à se pendre, qui avait retrouvé le gout de vivre dans son exploitation.
- Cette famille modeste, dont l’enfant malade devait subir des traitements longs et onéreux.
- Et bien d’autres encore, la liste était longue au cours du temps, mais jamais, non jamais, on ne sut vraiment ce qu’il en était.
Moi, qui suis de ceux dont le rêve mêle étrangeté et réalité, je l’avais rencontré en descendant au moulin, et nous prenions plaisir à nous voir.
« Finissez d’entrer » me disait-il en m’invitant à prendre place à sa table, et là, devant un grand verre d’eau fraiche, le temps s’arrêtait …
Ces moments éphémères prenaient des allures différentes, le tic-tac de l’horloge perdait de sa vitesse pour ne plus ressembler qu’à un bourdonnement d’insecte. Le sortilège agissait…
Bastien me racontait son histoire…. « C’était dans ces années là, je ne me souviens plus quand exactement. A cette époque où le troc s’est peu à peu arrêté, ou les paysans ont cessé d’apporter leur farine au boulanger en échange de pain. Le travail a commencé à manquer au moulin. Un changement s’opérait dans ce monde. La modernité allait avoir raison de la vie rurale. Oui c’est dans ces moments de mon désarroi qu’elles sont venues… »
Sous le charme de ce récit, j’écoutais, en prenant bien garde de ne pas l’interrompre. Et la narration continuait.
-« L’éloignement du village, rendait rare et hasardeuse, la visite. Les paysans ne descendaient plus faire moudre leur grain au moulin, et à part quelque pêcheur égaré, on ne voyait plus guère d’âmes pieuses en ces lieux. »
-« Je ne me souviens pas de l’année, mais je me rappelle bien la saison. Les brouillards de novembre étaient là. Une fin d’après midi, avant la tombée de la nuit, dans la brume, sans doute pour ne rencontrer personne sur leur chemin, elles étaient venues.. Joyeuses, légères, avec ce charme qu’ont les femmes dans les histoires d’homme, elles, les Sœurs de la Rivière .. »
-« Elles m’ont expliqué qu’elles habitaient dans la rivière depuis des années et des années, et que bien que je ne les vis pas, elles étaient mes proches voisines »
-« Elles m’ont proposé du travail, elles désiraient m’acheter de la farine provenant des meules de mon moulin que l’eau de leur rivière faisait tourner, et qu’en échange, elles me paieraient bien »
-« Je ne sais pourquoi, j’ai tout de suite accepté, l’offre paraissait bien étrange, pourtant, aujourd’hui je ne regrette rien, je vous le dis »
-« Sur ma table elles ont rédigé un contrat, à la plume de héron et encre de baie de sureau, qu’elles m’ont fait signer. »
-« sans savoir ce que disait ce contrat, car je ne savais pas lire cette langue, et puis je m’en moquais. En ces temps de disette, j’aurais signé n’importe quoi. Et je crois bien que c’est ce que j’ai fait.»
-« Après ça, je me suis mis immédiatement au travail, il me fallait trouver du grain à moudre, en attendant de produire moi-même le blé sur les quelques arpents de terre qui entouraient le moulin. »
-« Bien que difficile à obtenir, j’avais approvisionné le grenier en beaux grains de froment. »
-« La demande était quelque peu surprenante, il fallait que ce soit de la farine du jour. L’important n’était pas la quantité, elles ne m’en demanderaient qu’une poignée à chaque visite, mais il fallait qu’elle soit écrasée entre le premier et le douzième coup de minuit. »
-« Depuis le moulin s’ébranle, chaque soir dans un vacarme rythmé aux approches des douze coups de minuit. »
-« A leur première visite, en échange de la poignée de farine, elles m’ont donné 4 pépites d’or grosses comme des haricots ». « Grattées au fond de la rivière m’avaient-elles dit. »
-« La visite suivante, la même chose se produisit, et ainsi de suite, au fil des jours, les visites se succédaient plus ou moins régulièrement. »
-« Après quelques années, bien qu’on ne puisse leur donner d’âge, la plus vielle d’entre elles, pour me récompenser de si bien tenir mes engagements, me fît un don, un don de santé et de bonne forme jusqu’à cent ans avait elle dit. Et puis aussi, cette promesse qu’elle m’a demandé de garder secrète. »
-« Voyez-vous Patrice, mes cent ans approchent, et je ne suis pas mécontent, car il faut savoir mettre une fin à chaque chose pour mieux pouvoir en commencer une autre. »
A ce moment,je n’ai pas compris le sens de cette phrase, mais je n’en ai rien dit.
Quelques semaines ont passé depuis l’enterrement de Bastien, et souvent, la nuit, lorsque le vent porte, j’entends le frottement des meules, le craquement de la roue et le cliquetis des engrenages du moulin. Je crois même avoir aperçu quelque soir, l’ombre furtive de Bastien s’affairant autour de son fief, enfin je crois bien…Peut être était-ce cela la promesse, le droit de revenir…





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le pays des sorcières 10
au fond du puits

C’était un de ces soirs, si calme. Un de ceux qui précède l’orage. Moiteur enveloppante, lenteur apaisante, tout y était, et pourtant rien n’annonçait le dessein de l’avenir proche.
J’étais allé mettre un courrier à la boite aux lettres du village. Elle n’est pas loin, mais à pied cela fait bien marcher un quart d’heure. Pour gagner trois minutes, je rentrai à la maison en passant par le chemin des Demoiselles.
Il passe à l’écart de l’unique et principale rue du hameau, à l’arrière des maisons. Il est un peu pittoresque, tordu par les viroles, creusé en charrière, pas très carrossable. Plus large qu’un sentier, mais on n’y passe qu’à pied. Même un vélo y perdrait sa bonne humeur !! Un de ces chemins vieux comme le monde où passaient jadis les attelages de bœufs et tombereaux.
On l’appelle comme ça, parce que d’après ce qu’on raconte ici, c’est un lieu propice aux rencontres. Pas n’importe quelles rencontres, celles dont on ne parle pas, celles avec l’étrangeté du monde d’à coté.
Même que le Gilo, lui, dit qu’il les voit souvent les demoiselles. Le Gilo, un bon garçon, pas méchant pour deux sous,un de ces pauvres bougres qu’on a dans tous les villages de la campagne d’avant…
Et le Gilo, il s’enorgueillit d’aller souvent boire le coup chez elles, tisanes au miel et gâteaux sucrés qu’il dit.
Personne n’y prête l’attention qu’il souhaiterait, alors il insiste ! Il parle à la volée, dit qu’elles habitent au fond du puits, et qu’il y est encore allé hier soir !!
Ce pauvre garçon est bien dérangé murmurent les gens. Pourtant moi, qui ne suis pas d’ici, arrivé il n’y a pas bien longtemps au village, je me surprends à l’écouter. Il parle si bien de ce qu’il aime : la nature, les oiseaux et les animaux, les plantes, oui surtout les plantes, il en parle d’une certaine façon. Il semble les connaitre mieux que quiconque, il leur donne des noms alambiqués qu’il mémorise parfaitement.
En plus il leur attribue des vertus qu’on dirait venues de l’ancien temps. Selon lui, elles sont toutes utiles, selon le mal ou le bien que l’on veut faire : « C’est les demoiselles qui me l’ont dit ! Elles m’ont même appris leur endroit et leur envers ! » On pourrait en rire… pourtant je garde en mémoire le jour où ma petite fille, alors qu’elle se promenait avec moi, était tombée sur la route. Je ne vous dis pas les pleurs et la bosse sur le front ! Comme un œuf de pigeon. La ramenant à la maison pour la soigner, j’avais croisé Gilo. Il lui avait gentiment pris la main, mis un petit bouquet d’herbes à graines dans sa petite poche et lui avait chanté une contine. Je ne reconnaissais pas l’air et c’était sûrement du patois, car je ne la comprenais pas. On aurait presque dit une incantation.
En pas plus d’un moment, la fillette ne pleurait plus, la bosse avait disparu, elle riait et revenait à ses habituels jeux !... comme si rien ne s’était passé.
Pourquoi tout cela remontait-il en ma mémoire à ce moment précis ? Allez savoir ! Ou peut être est-ce parce que j’arrivais à la hauteur du « puits des Essaims » ce puits qui borde le chemin, et qui parait-il, est profond comme l’enfer ! On dit qu’on l’entend bourdonner des fois comme si il y avait un nid d’abeilles à l’intérieur.
Je m’en approchai, toujours curieux de l’ordinaire, pour regarder dedans… et ce n’est pas un bourdonnement que j’entendis, mais des rires et des voix aux résonnances doucereuses, comme un enchantement qui parvenait à mes oreilles. Je ne comprenais pas, et me penchant sur la margelle, je fus pris de bien aise (si je peux dire ce mot en opposition au malaise).
Ce que je voyais dépassait l’entendement. Au fond du puits, point d’eau, mais une grande pièce que j’aurais vu du dessus, par cette grande cheminée, avec son feu qui crépitait sous le chaudron.
On y voyait deux femmes étrangement belles, parlant avec Gilo assis lui aussi dans le Cantou et rigolant. Il semblait heureux. De cet endroit émanaient du bonheur, de la quiétude, du calme et du bon sens qui me réchauffaient le cœur...
Et puis d’un seul coup d’un seul… crac ! Un éclair dans le ciel, un formidable coup de tonnerre faisant tout trembler, et suivant,la pluie ! De ces gouttes grosses comme le poing, qui vous transpercent les vêtements et vous mouillent jusqu’à la moelle !
Alors là, laissant ce tableau au fond du puits, je me dépêchai de rentrer en courant pour ne pas fondre comme un sucre dans un verre d’eau, tellement la pluie, redoublant de puissance était insupportable.
Arrivé à la maison, je me changeai. A ma Douce qui tricotait, je décidai de ne rien dire. Pourtant devant ma préoccupation, elle dut s’apercevoir que la situation n’était pas normale, car elle me demanda : « ça va? tu as une drôle de tête !! « Oui, oui, dis-je, c’est l’orage,il est énorme ! »
Le lendemain, au matin, m’étant levé de bonne heure, je décidai de retourner au puits…
Rien. Rien de rien. Tout ce que j’avais vu la veille avait disparu! Je voyais l’eau à deux mètres, ce qui parait normal dans un puits où encore aujourd’hui bon nombre de gens, viennent puiser des seaux tous les jours…
Cette aventure, un rêve ? Une hallucination ? Serai-je en train de devenir fou ! La fragilité mentale guette au coin de la vie ! Et puis arrive Gilo : « bonjour Patrice ! Alors, on a pris la saucée hier soir ! » Me dit-il. « Je vous ai vu, j’étais chez les demoiselles !! »
Abasourdi je rentrai, et racontant mon histoire à ma douce, elle me réconforta en me disant : « tu vois, ces êtres mystérieux que l’on prend pour les ombres de nos rêves et qui nous hantent parfois, sorcières ou fées bienfaisantes, peut être sont-elles bien réelles et veillent sur nous ».









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le Monde d'à coté 9
Le Troisième Dessous

Ce soir là, je m’étais attardé au jardin. Je gratouillais dans la rocaille naturelle que j’avais découverte à l’acquisition du champ. La nuit commençait à poindre, mais en ce mois de janvier c’est la moindre des choses autour de dix sept heures. Quand sous mes pieds, se mirent à raisonner des Boummm… ! Boummm… ! Boummm… ! Sourds, profonds, discrets, lointains, mais si distincts… !
Surpris, interloqué, je me suis posé des questions auxquelles je n’avais pas de réponse à apporter.
Revenu à la maison j’en ai parlé à ma Douce, qui en plaisantant m’a dit : « C’est encore un coup de nos amies les sorcières ».
Le lendemain, croisant le Père Lespinet dans la rue du village, en le saluant, je lui demandais si il avait connaissance du phénomène que j’avais vécu la veille au soir.
Il remonta sa casquette, s’assit sur le muret qui bordait la rue, me regarda et dit : «Ca vient du troisième dessous !! » ??.... C’est quoi cette histoire ? Demandai je … « Eh bien tu vois mon gars, t’es pas du pays… Ici on raconte, et ça je le tiens de mes parents qui l’ont entendu dire par les leurs, que jadis, il y a bien longtemps de cela, presque au-delà de ce que porte la mémoire,….Dans ton champ, il y avait une masure en pierre. »…. « Ha bon … ! » «Oui, une jeune bergère l’habitait avec ses quelques moutons… Elle vivait à l’écart du village, de cueillettes de plantes, de baies, de racines et autres cultures simples, ainsi que du lait de ses brebis et du maigre rapport de son élevage. »
« Elle ne demandait rien à personne, vivait seule et tranquille… On raconte, qu’une nuit sans étoile, elle aurait eu de la visite, la pire qui soit, celle que l’on ne souhaite à personne, même à son pire ennemi !!... On dit aussi qu’elle aurait résisté. Du village, certains ont bien cru l’entendre batailler jusque tard dans la nuit !!... »
Au lendemain, les gens du village en se rendant chez elle, ne purent que constater le malheur !! La maison de pierre avait été entièrement détruite par les flammes, même les pierres avaient brulé.... Consumées, il n’en restait que des cendres... !! Pas de trace de la bergère !! Dans sa colère, la Bête l’avait emportée… !! Et toi ce que tu as ressenti hier dans le sol profond de ton champ, c’est la bergère qu’il retient prisonnière et qui boute de l’intérieur..... les portes de sa geôle. »
Hébété tout d’abord, suspendu aux lèvres du vieillard, je réalisai la situation…...Le pas nommé, c’était le Diable, le Malin, qui serait passé la voir ce soir là, et les coups de boutoir du troisième dessous, les coups du désespoir de la bergère sur les portes de l’Enfer… Elle n’aurait toujours pas cédé …. !!
Quand je lui fis part de ma réflexion, son visage s’assombrit, il se signa, et en se levant pour prendre congé…. me dit encore : « On raconte aussi que celui qui ressent ces choses là, doit gratter le sol sous ses pieds, il y trouvera des richesses !! » Il me salua et reprit sa promenade.
Je rentrai à la maison, et fis le récit de ma rencontre à mon épouse, qui me dit en rigolant : « va gratter ta rocaille, tu y trouveras peut être de l’or.. !! Cela ressemble au laboureur et ses enfants, ton affaire !! »
Seulement moi, j’étais troublé, chamboulé, désorienté et même déjà transporté dans le monde d’à coté….Je descendis donc au champ.

Jusque là, la rocaille que je voyais tous les jours, prit une autre allure. C’est vrai la masure se dessinait, les choses de l’habitude prenaient un autre sens. Sur La terre des matins humides aux soleils levants !! Je les ai vues fumer, moi ces cendres de pierres !! Je les ai senties encore chaudes… les croyant tiédies par le soleil, alors qu’elles n’étaient probablement pas encore refroidies du diabolique brasier !!
Emporté par l’élan de mes pensées, presque inconscient, je creusai le sol, quant au bout d’un moment, pas très profond, je trouvai quelque chose… Un anneau, enfin je crois que c’était un anneau, crasseux, terreux, miséreux. Je le mis dans la poche arrière de mon jeans et continuai à gratter le sol…Puis après un léger flottement dans le temps, ne trouvant plus rien, je revins dans le monde présent… Je rentrai à la maison.
Après le déjeuner, je faisais la sieste comme à l’habitude, quand dans la torpeur de mon sommeil ou bien d’un rêve, je me souvins de l’anneau, qui me demandait de l’aide !!!
Je me levai brusquement, sortis l’anneau de ma poche. Il avait changé d’apparence, il était en métal argenté, propre, et brillant. A l’intérieur on pouvait lire, gravé en lettres anciennes, Agdénaelle, sans doute le nom de la bergère pensai-je.
Je ne sais pourquoi, je sortis avec l’anneau et le portai jusqu’au calvaire à l’entrée du village, cette grosse croix de pierre un peu Celtique. Je l’y déposai et me mis à prier !! Moi le Mécréant, le Gueux, le Cartésien, l’Incrédule, le sans maître ni dieu….qui pourtant, retrouvait machinalement les paroles entendues enfant, lors des enterrements ou des cérémonies religieuses imposés !! Etait ce bien moi ? Je ne le sais plus vraiment !
Puis je décidai de rentrer, abandonnant l’anneau où je l’avais déposé, à un sort dont nul ne connaissait l’issue !!
Le lendemain, je fus encore surpris en me rendant à la rocaille… Une superbe fleur blanche avait éclose, à l’emplacement précis où la veille omni conscient, j’avais creusé…. En cette saison cela relevait du miracle, quelle en était la signification ? Etait ce cela la richesse dont parlait le vieillard ? Mes prières de la veille avaient elles libéré Agdénaelle, la Bergère ? J’étais tout près à le croire.
Quelques temps après sont nés à deux mois d’intervalle, ma petite fille Mila et mon petit fils Pierre. En y réfléchissant bien, je crois que c’est cela la vraie richesse dont voulait parler la légende….

Le Dessous
Dans le dessous, (Les caves, les catacombes, les douves, les fossés, les ornières) vit le pauvre monde des Gueux, des Manants, des Mécréants.
Le Deuxième Dessous
C’est la terre du repos, celle où l’âme attend son tour pour monter vers le ciel et la lumière.
Le Troisième Dessous
Vous l’avez deviné, c’est le tréfonds du fond de l’abîme, l’Enfer, d’où l’on ne revient que si on ne vous a pas oublié, et par la force de l’âme.





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le pays des sorcières 8
l'arbre aux sorcières

A peu de gens il a été permis de le voir, que dire, de l’admirer cet arbre séculaire, si imposant que dans l’histoire du temps dont il serait question, il fut toujours présent.
Et bien nous braves gens, ma douce et moi, nous l’avons aperçu, c’est vrai furtivement, mais suffisamment longtemps pour en garder le souvenir gravé dans notre esprit…
Au cours d’une de nos promenades au bord du lac, nous avons été surpris par l’étrangeté même !!
C’était il n’y a pas longtemps, lors d’une soirée qui précédait vraisemblablement, une nuit de sabbat. Nous marchions main dans la main, comme à l’accoutumée. Alors a commencé cette suite de moments, presque indicibles.
D’abord les cloches, celles de La Capelle Viescan que l’on entend que lorsque le vent est à l’est, et qui annoncent la pluie, et de concert celles de Laroque, qui à l’ouest opposé, tintaient si fort que l’on se serait cru sous les abats sons pourtant bien éloignés… Surprenant et juste au même instant ! Pas un souffle de vent qui porte habituellement ces sons trop lointains jusqu’à notre attention.
Une bizarrerie qui vous éveille les sens, vous les met en alerte, innocemment peut être, mais très certainement !!
Et puis il y a ce sifflement, ce sifflement sans fin, comme celui d’un fouet qui n’en finirait pas, sans claquement, doucereux pour l’ouïe, inquiétant pour la vie.
Et cette ombre si sombre, qui tombe enveloppante, pesante, qu’on pourrait la croire nuit, éclairée c’est vrai, mais par une lune blafarde, qui la rendrait envoutante, attirante et presque rassurante, qui voudrait nous dire, reste !!
Quand à ces moments là, le froid vous y aidant, votre souffle est vapeur, qu’il fait de la buée sur tout ce qu’il atteint..
Quelle étrangeté, quand soudain, sans savoir pourquoi, le phénomène cesse… Et que dure cet instant, instant pendant lequel, dans cet arbre aperçu, si grand, si vieux, si imposant, fièrement se dressant, et pourtant tellement tourmenté, tellement torturé, tellement misérifié.
Dans cet arbre dansent des feux follets, des feux de Saint Elme, phosphorant les branches dénudées par la saison HIVER… c’est l’arbre aux sorcières !!
Alors, chaleureusement infernal, de la tête cheveux dressés, un frisson vous parcourt, jusqu’à la plante des pieds, se perdant dans l’herbe mouillée…
Quelle secousse épinière, lorsqu’on ne s’y attend pas !! Ephémère relation avec ce monde d’autour.
Et puis doucettement, sans que rien ne le présage, le temps reprend son temps, l’étrange disparait, pour laisser sa place à la soirée si bien commencée.
Il ne nous reste plus qu’a rentrer, le coin du feu nous attend, la tête pleine d’images, pour y faire la veillée.
Que d’histoires à narrer à nos petits enfants… Lorsqu’ils seront plus grands.





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le pays des sorcières 6
visites nocturnes

Brrr! froid dans le dos, c'est sur quelles sont là, je les entends respirer fort la nuit lorsqu'elles rodent autour de la maison, et même parfois toussoter. C'est vrai qu'avec les quelques cendres du poêle que je mets dans le jardin!! ça fait de la poussière et elles n'aiment pas, elles éternuent, surtout lorsque c'est de la cendre de "tremble et de charme", alors avec ma douce, du lit ou l'on ne dort que d'un oeil, nous rigolons, on s'amuse de leurs faire des blagues. elles le prennent bien d'ailleurs, car le lendemain, la cendre est entrée en terre, même pas besoin de griffer, elles l'ont fait avec leurs doigts crochus. Et puis quelques fois pour les remercier de leur aide, je leurs confectionne des friandises, que j'accroche aux arbres "sucriottes de bois tordu", "caramels de bavlimace" !!Finalement nous entretenons de bonnes relations, mais dans nos contrées éloignées de tous les mondes... ne vaut-il pas mieux?




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le pays des sorcières 7
la nuit sans fin

oyé, oyé, braves gens d'en bas et d'en haut. Voici qu'approche la nuit sans fin, la nuit la plus longue de l'année, une de celles qui précèdent Sainte Luce, une de celles où l'on voit dans l'obscur scintiller les cheveux de sorcières.... Pleurez petites, pleurez car elles sont là vigilantes à vos maux, attentives à vos peurs. Mais que nenni! mais que fi! un sucre d'orge salé par ici, une amèrefriandise par là...
Vite, vite, soleil, revient nous éclairer, de tes traits transperce l'épaisse couverture qui nous chappe d'automne. Vivement l'hiver qui soit dit en passant prend les jours s'allongeant!!!




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le pays des sorcières 4
demain dés l'aube....

à l'aube de ce 27 avril, Sainte Zita, je l'ai vu de mes yeux vu, elle rentrait sur son balai volant en sa demeure, on voit sur la photo les traces qu'elle a laissé dans l'aurore avec son voile blanc, loin du nez crochu avec ses verrues, Zita est une femme magnifique et envoutante, mais chut..pas de provocation elle pourrait arriver dans la brume qui rentre par la fenêtre de ma chambre!!!




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la suite, encore un mystère!! 5
les sorcières sont parfois des fées.

écoutez ce qui m'est arrivé !!

Ce matin là, celui du réveillon de Noël, je descendais à la cave pour chercher les quelques légumes que ma femme m’avait autorisé à manger le soir. Evidemment à notre âge maintenant avec le cholestérol , le surpoids, etc.. il faut faire attention, même les soirs de fêtes.
Donc, ce matin là sur le chemin de la cave, j’entendis une voix qui rigolait et qui disait "saperlipopette, ce soir c’est la fête !!! carottes râpées , bien transformées, tu pourras manger " j’ai rien compris, je n’ai rien vu et pourtant j’étais sur de bien avoir entendu une voix. Jusqu’au soir , où, au moment de passer à table pour manger nos carottes râpées, quelle ne fut pas notre surprise de trouver dans notre assiette !!!!!





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le pays des sorcières 3 elles sont là!!
lathraéa clandestina

Que nenni, ma ptite dame, ce n’est pas une légende !!
Les sorcières sont là et bien là, on ne les voit pas, mais on sait qu’elles rodent aux alentours. J’ai encore découvert une trace de leurs agissements. Cette fleur superbe si étonnante qui ne pousse que dans le sous bois ombrés et humides au bord de ruisseaux aux rochers moussus, sans feuille, sans chlorophylle, n’est ce pas là de la sorcellerie, rien que de la regarder on se sent envouté par sa beauté et son originalité et qui sait si elle ne possède pas quelques vertus malines, mais là c’est une autre histoire car on ne cueille pas « LATHRAEA CLANDESTINA » elle est protégée dans bon nombre de régions .





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le pays des sorcières 1
le marché aux sorcières

le marché aux sorcières.
Par un beau matin d'automne, je m'en suis allé avec mon épouse sur les routes de la châtaigneraie en Cantal. J'avais l'idée de quérir quelques plantes nouvelles et pourquoi pas insolites sur les marchés régionaux!!. C'est alors que pris dans une violente brume mâtine et maline, nous nous sommes retrouvés sur une route tordue à droite et à gauche et même parfois au milieu. C'est vous dire!! Même moi qui n'ai peur de rien, je ne faisais plus tout à fait le malin. Au bout de quelques viroles tortueuses, nous sommes arrivés sur la place d'un petit village, avec de jolies petites maisons en pierres jointoyées, comme la tradition architecturale le conçoit ici. En descendant de voiture, nous fûmes surpris de voir que la fumée entrait dans les cheminées au lieu d'en sortir!!! Ma femme me fit remarquer qu'elle ne voyait que des vielles aux étales de ce marché circulaire. Il ne mesurait pas plus de trente mètres. C'est alors, qu'en s'approchant, une vielle femme au menton bien poilu nous interpella: "ma ptite dame, mon petit monsieur, je vous attendais!! J'ai là dans ma main quelques graines de "troncs glabres" et c'est pour vous!!!". A peine dit, les graines en poche nous repartions vers la voiture sans avoir mot dit. Quelques instants plus tard, sur la route du retour, je dis à ma femme: "je n'y comprends rien, je n'ai rien fait, je n'ai rien dit , j e ne me souviens pas avoir payé quelques marchandises que ce soit, et pourtant nous rentrons!!". Sur ma cuisse, quelque chose me brulait. Arrivés à la maison, je sortis de ma poche quelques graines rondes, noires et luisantes. Mon épouse me dit alors: "vas me jeter ça! Je pressens quelque malheur autour de ces graines". Je suis donc descendu au lac et je les ai jetées au plus loin et au plus profond des eaux. Quelques temps plus tard, en hiver, le lac a sauvagement baissé. C'était un spectacle inhabituel pour nous, et nous ne nous lassions pas de venir l'admirer. Surgie de nulle part, sur le bord de l'eau, une vielle nous interpella: "bien mal jetées, bon gré mal gré, elles vont germer...". Nous nous sommes regardés, interloqués, puis nous sommes rentrés à la maison. Le lendemain, quelle ne fut pas notre surprise, en voyant lors de notre promenade quotidienne, le fond du lac pris par la gelée. Des épieux mortuaires transperçaient la glace, alors qu'il n'y avait rien la veille!! Ils étaient apparus dans la nuit. C'était le 21 décembre, la nuit la plus longue de l'année. Depuis, tous les 21 décembre, quelque soit la hauteur de l'eau du lac, on peut voir les troncs glabres sortir en une nuit, et disparaitre le lendemain. Vous ne me croyez pas hein!! Et bien regardez la photo !!!.





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le pays des sorcières 2
tronc glabre court

j'en veux pour preuve une autre photo




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le cantal c'est magique
la cueillette d'automne.

ah! quelle jouissance de prendre son temps pour les débusquer,les photographier, les cueillir avant bien sur de les déguster!!!